—Vous verrez.... Je suis trop malheureuse.... Je ne veux pas être votre maîtresse, entendez-vous, monsieur? Vous m’avez trompée, trahie, déshonorée....
—Allons, allons, dit Gustave, voilà les grands mots!... Donnez-moi la paix: vous me feriez damner. Bonjour. Lorsque vous serez plus tranquille, vous me l’enverrez dire. Je n’ai pas envie de devenir fou.
Dans l’antichambre, Gustave trouva madame Lefebvre, et il lui dit:
—Retournez près d’elle, et tâchez lui faire entendre raison. Quant à moi, c’est fini; j’y renonce.
—Mais vous ne la quittez pas pour toujours, monsieur? demanda madame Lefebvre tremblante sur l’avenir de ses gages.
Gustave, sans répondre directement à cette question, laissa voir que sa patience était à bout.
—Je ne reviendrai plus, dit-il, à moins qu’elle ne m’envoie chercher.
Cette résolution causa une grande frayeur à madame Lefebvre. Elle connaissait assez Louise pour être certaine que rien au monde ne la déciderait à faire aucune démarche ayant pour but de ramener Gustave. D’autre part, elle était à peu près convaincue que celui-ci tiendrait parole, car depuis quelques semaines il paraissait fort ennuyé de sa maîtresse. Aussi la Lefebvre était-elle singulièrement inquiète. Avec une autre femme que Louise, elle eût fait jouer les ressorts d’une éloquence qui, pour être commune, n’en opère pas moins un effet sûr. Elle eût montré à la maîtresse de Gustave, d’un côté, les riches cadeaux qui suivent une réconciliation, de l’autre, la misère qui accompagne une rupture. Mais Louise céderait-elle à l’espoir du bien? se laisserait-elle toucher par la crainte du mal? Madame Lefebvre ne le pensait pas. Le peu qu’elle savait du caractère de sa dame lui disait suffisamment que des considérations de cette nature ne pouvaient être d’aucun poids à ses yeux. D’ailleurs la fille de madame Drouart n’avait-elle pas de fortes raisons pour prendre en méfiance les conseils de la femme qui tout à l’heure l’avait ramenée, par ruse, de la loge du vieux Lamarre dans la maison de la rue du Colombier?
Cependant il fallait que Louise et Gustave se réconciliassent: une rupture blessait trop vivement les intérêts de madame Lefebvre. Mais comment cette réconciliation se ferait-elle? Gustave était irrité au dernier point, et Louise avait résolu de le quitter pour toujours.