—Est-ce que madame est indisposée? dit-elle. Si M. Gustave eût pensé que madame fût malade, certainement il ne serait pas sorti; mais monsieur rentrera sans doute sur les minuit ou une heure.
Louise garda le silence: elle n’espérait pas que Gustave revînt. Et quand même il reviendrait, lui donnerait-il, en ce peu de temps qui lui reste pour toucher au lendemain, des gages assurés de leur union prochaine? Demain finit le mois d’épreuves et d’attente. Demain venu, Gustave ne sera pas son époux; elle partira. La scène de tout à l’heure, cette scène qui l’a accueillie à son retour de la rue Bourbon-Villeneuve, n’a fait que lui imposer plus fortement la nécessité de rompre une liaison inutile autant que criminelle.
Madame Lefebvre, debout près de Louise et l’œil fixé sur le plafond, semblait attendre quelque inspiration d’en haut. Louise fit un haut-le-corps.
—Je souffre, dit-elle; madame Lefebvre, qu’est-ce que j’ai donc?
—Ah! madame, répondit la Lefebvre d’un ton lamentable, c’est le chagrin qui vous tourmente; vous être triste d’être fâchée avec M. Gustave: voilà tout. Les nerfs vous travaillent; on aurait des attaques à moins. Vous êtes bien faits tous deux pour vous chérir! Il n’y a rien de tel que l’amour, allez, madame! quand on est d’accord, ça fait passer bien des momens heureux.
—Vraiment, madame Lefebvre, soupira Louise, depuis la course que j’ai faite rue Bourbon-Villeneuve, je ne suis pas bien. Vous savez, le malaise m’a prise en sortant de la loge, dans la cour. C’est l’émotion... quand mademoiselle Agathe m’a entraînée, il m’est venu comme des vertiges; la vue de cette maison m’a tourné les sens.
—Oui, madame, sans doute, mais le chagrin de quitter M. Gustave a plus fait que tout le reste. Croyez-moi, je connais l’amour; telle que vous me voyez, j’ai aimé dans mon temps: il n’y a pas de peines et de plaisirs plus grands que cela sur la terre.
Louise pâlit.
—Madame Lefebvre, s’écria-t-elle, le cœur me manque....
La Lefebvre s’offrit avec empressement à aller chercher le docteur Thévenot et Gustave. Louise s’y opposa de toutes ses forces.