—Ce n’est rien, ce n’est rien, dit-elle, voilà que cela se passe. Je ne veux voir personne. Je vous défends d’aller chercher M. Gustave.

L’empressée femme de chambre eut l’air de se rendre aux désirs de sa maîtresse. Elle sortit cependant, mais sous prétexte de passer dans la chambre voisine, quoique en vérité son intention fût de courir après Gustave, de lui faire connaître la mauvaise santé de Louise, et de les réconcilier tous deux à la faveur de cette indisposition.

Tout en courant les rues, madame Lefebvre priait Dieu de tout son cœur que l’indisposition de Louise fût réelle et durable.

Gustave était chez son père lorsque madame Lefebvre y entra. La bonne dame lui fit un long récit de tout le mal que ressentait Louise, y compris le mal qu’elle ne ressentait pas. Elle la peignit dans un état à faire pitié, brisée par de successives attaques de nerfs, pâle, rouge, violette, mourante, à peu près morte: elle mit tout cela sur le compte de l’amour inquiet et malheureux. A sa grande surprise, Gustave ne montra nulle émotion pénible; au contraire, il regarda madame Lefebvre en riant.

—Ah ça! lui dit-il, me venez-vous faire sur elle les mêmes contes que vous lui avez faits sur moi? Vous manquez d’imagination, madame Lefebvre. Les mêmes moyens employés deux fois de suite pour ramener Louise chez moi, moi chez Louise! mais vous n’avez pas l’esprit inventif. Que diable! il fallait imaginer autre chose qu’une maladie, j’aurais pu vous croire.

Madame Lefebvre, qui cette fois disait presque la vérité, mit tant d’onction et de chaleur à peindre les souffrances de Louise, que Gustave fut ébranlé dans ses doutes.

—Je ne vous dis pas qu’elle se porte bien, ajouta-t-il; mais, malade ou non, j’ai déclaré positivement que je ne la reverrais plus si elle ne m’envoie chercher. Est-ce elle qui me demande? Voyons, ne mentez pas.

Elle fut obligée de convenir que c’était à l’insu de Louise qu’elle était accourue. Mais, pour expliquer cette démarche, elle se rejeta sur le danger même qui menaçait la vie de sa maîtresse.

—Bah! répondit Gustave, c’est un malaise qui se passera comme il est venu. Au reste, j’enverrai demain le docteur chez elle.

—Demain? monsieur, s’écria la Lefebvre; mais demain il ne sera plus temps.