—Que voulez-vous dire? demanda Gustave avec inquiétude, serait-elle vraiment si malade?...

—Ce n’est pas précisément l’affaire, monsieur, répliqua la femme de chambre; je veux dire que dans la supposition où demain madame pourrait quitter le lit, elle est décidée à faire son paquet.... Enfin c’est demain au matin qu’elle nous quitte.

Gustave sourit avec incrédulité.

—En tout cas, ajouta-t-il, je ne la laisserai pas partir sans lui faire mes adieux. Je serai levé avant elle; demain, sur les huit heures, Thévenot et moi nous serons rue du Colombier. Annoncez-lui cette nouvelle.

Quand elle revint, madame Lefebvre trouva Louise endormie. Elle veilla tout une grande heure au chevet de son lit, n’entendant autre chose que le bruit léger de sa respiration.

—Allons, dit-elle en gagnant elle-même sa chambre, c’est le démon qui s’en mêle, à moins qu’elle ne le fasse exprès, ce qui est bien possible. Mais est-on plus malheureux que moi! Je me démène pour la faire rester, j’arrange tout à son contentement, et voilà maintenant qu’elle n’est plus malade!

Le lendemain, madame Lefebvre s’étirait encore dans son lit, que Louise était déjà levée. Au bruit des tiroirs qui s’ouvraient et se fermaient, la femme de chambre fut bientôt debout. Elle vit Louise occupée à rassembler ses hardes en un seul paquet dans un foulard étendu à terre. Louise était pâle, mais calme; la Lefebvre stupéfaite la regardait faire sans pouvoir dire une parole; enfin elle rompit le silence. Son premier mot fut pour savoir si Louise avait réellement l’intention de partir; à quoi Louise répondit que telle était son intention positive, inébranlable. Il n’y eut pas de raisons, bonnes ou mauvaises, qui manquèrent à la Lefebvre pour détourner sa maîtresse de ce dessein; mais celle-ci tint bon.

—Attendez au moins une minute, dit la Lefebvre, M. Gustave doit venir ce matin de bonne heure. Vous ne pouvez pas vous en aller sans le voir.

Louise ne parut faire aucune attention à ce discours, et, son paquet en main, elle s’avança vers la porte. On se figurerait à peine le saisissement, la douleur même de la femme de chambre; elle arrêta Louise par sa robe, lui prit les mains, les baisa, pleura, cria de toutes ses forces, la suppliant de ne pas quitter M. Gustave.

—Vous ne savez pas, madame, combien ce brave monsieur vous aime! Si vous n’êtes pas d’accord, c’est par suite d’un malentendu, disait-elle. Madame, je vous assure qu’en vous en allant vous faites son malheur et le vôtre... et le mien aussi, madame, car je vous aime; tout le monde ici vous aime... Vous ne partirez pas! donnez-moi votre paquet.