Louise fut accablée de peine. Sa seule consolation était en Gustave: elle l’attendit vainement tout ce jour-là.

Madame Lefebvre fit observer à la pauvre mère qu’assurément Gustave ne viendrait pas; que la mort de son enfant le livrait au plus violent chagrin; qu’il avait la tête à moitié perdue; que la présence de Louise, en ce moment, ne ferait que redoubler un désespoir dont les transports tueraient Louise elle-même, si elle en était témoin.

Madame Lefebvre exagéra tellement la douleur de Gustave que Louise, le lendemain, ne fut pas étonnée de recevoir la lettre suivante:

«Le malheur qui me poursuit est à son comble: pardonne-moi; j’ai l’affreux courage de partir, et je ne t’embrasse pas... Mais je sens que mon cœur se briserait. Je vais en Italie; je serai de retour dans un mois ou deux. Thévenot prétend que je ne puis rester à Paris sans péril pour mes jours. J’en prendrai soin, si tu juges qu’ils puissent t’être bons à quelque chose. Je t’écrirai souvent; à tous les relais. En attendant, adresse-moi tes lettres à Genève. Adieu, ma Louise, adieu. Écris-moi bien vite. Dis-moi si ton chagrin diminue... Moi, j’ai bien peur que l’absence et le voyage ne m’apportent sans cesse que solitude et douleur. Adieu, console-toi si tu veux que je me console. Avant deux mois je te reverrai. Je te conseille de te lier un peu avec madame Valery: elle est bonne, gaie, sensible, son amabilité adoucira pour toi des maux qu’il faut que tu oublies pour notre bonheur à tous deux.»

Madame Valery était une de ces femmes que Gustave avait connues dans un monde un peu libre, et qu’il venait d’attirer chez lui pour égayer la vie de Louise. Facile au plaisir sans être précisément vicieuse, cette femme, toute jeune encore, réunissait les qualités bonnes et mauvaises que Gustave jugeait propres à dissiper le chagrin de Louise sans faire courir un danger réel à ses mœurs.

Gustave n’ignorait pas que Louise, avec son éducation, son caractère, ne pouvait trouver le bonheur dans la débauche: mais il pensait qu’elle pouvait le trouver dans le plaisir.

Après les abondantes larmes données à la mort de son enfant et au départ de Gustave, Louise soutenue par l’espérance de revoir bientôt ce dernier, effrayée de la douleur profonde qu’il laissait paraître dans sa lettre, résolut de prendre un peu de courage pour elle et pour lui. La réponse qu’elle lui fit exprimait sa résignation. Elle lui disait: «Console-toi, et reviens promptement: je ne pleure plus.»

Deux fois par semaine, au moins, elle recevait des nouvelles de Gustave. Cela dura tout un mois.

Le second mois les lettres devinrent un peu plus rares; elle n’en compta que dix.

Le troisième mois elle n’en reçut que trois. Gustave était à Rome.