Tantôt elle disait que l’enfant se portait assez bien, tantôt qu’il était un peu malade. Louise, passant ainsi de l’espérance à la crainte, s’habitua peu à peu à l’idée que son enfant pouvait mourir. Souvent on le lui montrait plein de santé, mais plus souvent on le lui montrait chétif et ayant à peine le souffle.

Elle entra en convalescence au milieu de toutes ces alternatives de joie et de douleur.

Cependant Gustave préparait sa fuite en silence. Il avait ôté des mains de la première nourrice son enfant, qu’il confia aux soins d’une autre femme, dont lui seul savait le nom et la demeure. Il avait fait prendre sur l’état une inscription de 3,000 fr. de rentes au profit de Louise; il avait également disposé ses cadeaux pour madame Lefebvre et pour le docteur. Enfin son intention était de se rendre en Italie, d’où il écrirait quelquefois à Louise; car il n’avait pas dessein de rompre brusquement: il désirait au contraire que la rupture vînt du temps et de Louise.

Pour détourner d’elle les idées tristes, pour effacer de son cœur le souvenir d’un amour et d’une maternité malheureuse, il avait eu soin d’attirer chez lui, depuis un mois environ, quelques-unes de ces femmes aux mœurs faciles, à l’esprit léger, qui n’ont de passion que pour le plaisir.

Louise d’abord n’avait pas paru prendre goût à la conversation futile de ces femmes, mais Gustave espérait que plus tard, sans tomber dans leur habitude de vie, elle pourrait se consoler au milieu des fêtes bruyantes où on l’entraînerait sans doute. A tout prix, il voulait pouvoir se dire: Elle m’oublie, elle n’est pas malheureuse.

Louise, mieux portante, était en état de sortir, et déjà elle parlait d’aller à Montmartre voir sa fille dont la santé empirait de jour en jour, lui disait-on.

Gustave comprit qu’il était temps de mettre un terme à cette abominable comédie.

Ce fut madame Lefebvre, fort chagrine en apparence, qui fit à Louise le récit lamentable de la mort de sa chère Marie (car on avait laissé croire à Louise que sa fille s’appelait Marie).

Il avait paru inutile de revenir sur les choses dites, de rétrograder de mensonges en mensonges, de montrer à Louise son enfant mort en naissant, et elle abusée jusqu’à cette heure: c’est pourquoi malgré les résolutions précédemment prises à cet égard, on continua le mensonge tel quel, et madame Lefebvre prétendit que Marie était morte en nourrice. Elle attribua ce déplorable événement aux mauvais procédés de la nourrice autant qu’à la chute faite par Louise le jour même de ses couches.

Le docteur confirma la vérité de cette nouvelle. Pour la rendre plus positive encore, madame Lefebvre s’habilla de deuil des pieds à la tête.