—S’il est son père, c’est mon enfant! Six ans, c’est cela, elle est à moi... Ils ne l’ont pas enterrée!... Ils me l’ont prise... Monsieur, disait-elle au laquais, je vous en conjure, je ne suis pas une méchante femme, lâchez-moi, je veux seulement embrasser ma fille... Messieurs, disait-elle à la foule, c’est mon enfant qu’ils m’ont volée!
—C’est une pauvre femme folle, répondait froidement le laquais.
—Non, messieurs, je ne suis pas folle, au contraire. C’est ma fille, ma fille, ma chère fille qu’ils m’ont prise, messieurs!... Vous voyez bien que c’est ma fille, puisqu’ils l’emmènent et que je pleure... Est-ce que je pleurerais pour la fille d’une autre?...
—Mais pourtant, si c’est sa fille, dit un homme du peuple en rudoyant le laquais, il faut qu’on la rende à cette femme...
—Oui, monsieur, dit Louise en tombant à genoux devant l’homme en casquette, oui, monsieur, faites-moi rendre ma fille... Elle est à moi, monsieur... Ils ne me l’ont montrée ni vivante, ni morte!
Ce dernier cri que lui avait arraché la scène du cimetière, elle le répéta cette fois avec une expression de douleur plus vive, car elle trouvait aujourd’hui dans l’idée que ces mots lui rappelaient la preuve certaine de l’existence de son enfant.
Quelques personnes paraissaient disposées à la croire, quand le laquais, empressé de rejoindre la voiture, qui s’éloignait avec rapidité, lâcha les mains de Louise, et dit en fuyant:
—Vous autres, ne vous donnez pas la peine de la ramener à Charenton ce soir, entendez-vous?... Elle vous fatiguerait les jambes: regardez-la courir...
Louise, en effet, ne se sentit pas plus tôt libre qu’elle se précipita sur les pas du domestique, en appelant et criant:
—Ma fille, ma fille!