Si cette femme est Louise, il faut que de longs malheurs aient passé sur sa tête. Rien ne ressemble moins à la fille de madame Drouart, à la belle maîtresse de Gustave, à l’amie de l’insouciante madame Valery, rien ne lui ressemble moins que la pauvre créature maigre, pâle et mal vêtue qui gémit et qui crie:
—Ma mère! mon Dieu! ma fille!
Voilà quatre dimanches de suite, à la même heure, que cette femme revient, après six ans d’absence ou d’oubli, répandre de blanches couronnes arrosées de larmes sur ce frêle mausolée sans nom.
Elle continue de prier, abîmée qu’elle est dans la pensée de Dieu et dans le souvenir de ses maux, de ses fautes peut-être...
Un vieil homme infirme, soutenu par une domestique aussi vieille que lui, monte à pas lents le sentier qui conduit au petit tombeau de marbre. A l’aspect de cette femme agenouillée là, il s’arrête, surpris d’abord, puis, poursuivant sa pénible route, il s’avance vers le tombeau, s’affaisse lentement et se laisse tomber sur ses deux genoux à côté de la femme en prières.
Tous deux ils se regardent avec émotion. C’est le vieillard qui parle le premier.
—Vous l’avez donc connu, mademoiselle?
Mais la jeune femme recule étonnée et garde le silence.
—N’ayez pas peur, mademoiselle, reprend le vieillard, je sais que mon pauvre enfant aimait une femme. Cette femme, c’est vous, je n’en doute pas; eh bien! vous êtes ma fille, nous allons parler de mon fils ensemble.
—Monsieur!... s’écria Louise en se levant... la douleur vous égare... ce tombeau...