—Sa boucle d’oreille, s’écriait Louise, je vous rapporte sa boucle d’oreille!
L’effroi de la petite fille se changea en un vif plaisir à la vue de sa chère boucle tant pleurée. La vieille belle-mère murmura tout bas que Louise avait volé ce bijou; Léocadie répondit doucement que d’ordinaire les voleurs ne prennent pas pour rendre; Louise en balbutiant conta comment cet objet avait passé dans ses mains; la vieille belle-mère hocha la tête; Léocadie parut autant surprise qu’attendrie; l’enfant remercia beaucoup la pauvresse; le vieux beau-père, fort souffrant, ne disait mot. Louise côtoyait péniblement la voiture, qui allait au pas.
Montez donc dans notre carriole, dit Léocadie, vous ne pouvez plus marcher.
—Monter! murmura la vieille mère, et où veux-tu donc qu’elle se place? nous sommes déjà si à l’étroit que j’en étouffe.
—Je mettrai ma fille sur mes genoux, répondit la bonne nourrice.
—Oh! non, non, madame, je vous en prie, je la mettrai sur les miens... je ne veux pas que vous vous fatiguiez pour moi,.. et puis, ajouta Louise avec une voix tremblante de bonheur, c’est une grâce que je vous demande.. Venez, ma chère petite, venez sur mes genoux...
Louise avait pris place dans la voiture, et sa fille hésitait encore entre elle et sa nourrice. Celle-ci dit tout bas à l’enfant:
—Mets-toi sur ses genoux... fais-lui ce plaisir-là: elle t’a rapporté ta boucle d’oreille.
Le cheval repartit au trot sous les coups de fouet redoublés de la vieille belle-mère, et Louise, dont toutes les peines s’effaçaient en ce moment, pressait, serrait dans ses bras sa fille assise sur elle. Les épaules, les cheveux, les vêtemens de sa fille, elle baisait tout avec une ardeur que ne pouvait modérer la crainte de se trahir. Les soubresauts de la carriole lui offraient à toute minute un prétexte pour étreindre son enfant, pour appliquer ses lèvres sur son cou, sur sa chevelure, sur sa robe... et elle pleurait doucement.
Un instant, elle passa la main sous l’écharpe de sa fille, glissa les doigts vers sa poitrine, les arrêta sur son jeune cœur, et le sentant battre avec force, elle crut que ce cœur battait pour elle, elle crut que son enfant devinait que la pauvresse qui la tenait dans ses bras c’était sa mère.....