Célestin, le jardinier du château, était accouru très-inquiet de voir arriver tout son monde; il ne les attendait pas avant la fin du jour. Léocadie augmenta l’inquiétude de son mari en lui montrant leur vieux père malade et si faible, qu’ils furent obligés de l’aider à descendre de carriole.
—Notre père voulait revenir seul, dit-elle; mais je n’ai pas voulu, et moi revenant avec lui, il a bien fallu partir tous. Il n’y a que ma fille qui n’en a pas été trop contente. Tiens, regarde quelle grosse moue elle fait encore!
Célestin regarda l’enfant, qui paraissait fort mal à l’aise sur les genoux de Louise, qui l’entourait étroitement de ses bras, et la retenait serrée contre elle, quoique les autres voyageurs eussent quitté la voiture.
—Lâchez-la donc! criait la vieille belle-mère.
—Lâchez-moi! répéta Julie en pleurant et en se débattant.
Célestin reconnut Louise.
—Eh! mais, dit-il c’est l’innocente! Vous l’avez donc ramenée d’Étrœung?
—Une innocente! dit la vieille belle-mère.
—Une innocente! redirent Léocadie et l’enfant.
Dès ce jour-là Louise fut traitée avec une sorte de respect par les habitans du château[2]. La vieille belle-mère elle-même ne lui parlait plus qu’avec bonté. Léocadie lui montrait une pitié affectueuse et tendre. Célestin pensait que sa présence à Baroy devait porter bonheur à tous. Julie la considérait avec une crainte superstitieuse. Chacun lui témoignait de la compassion. On la laissait librement agir dans l’intérieur du château.