Avant de quitter le château jusqu’au soir, Louise voulut jeter dans l’ame de Julie les premières pensées d’un départ dont l’exécution devait assurément rencontrer de vifs obstacles. Elle n’était pas femme à se dissimuler les difficultés d’une pareille entreprise, mais, ne les supposant pas insurmontables, elle se flattait de les aplanir.
Seule, dans le jardin, avec sa fille, elle l’attira doucement sur ses genoux, et elle lui dit:
—Julie, est-ce que tu te plais beaucoup dans ce vilain château?
—Non, ma bonne Louise, non.... Je n’ai personne avec qui jouer, je m’amuse mieux à Paris; papa m’emmène au spectacle. Connais-tu le spectacle, toi?
—Je l’ai connu, Julie, quand j’étais riche...
—Tiens! tu as été riche?..... Ah bien, c’est drôle, ça!... Si tu l’as été, pourquoi donc ne l’es-tu plus?
—Des malheurs, des malheurs affreux..... qui m’ont troublé la raison.....
—Allons, ne pleure pas, ma bonne Louise, je t’en prie bien... tu me fais de la peine.
Julie, avec ses petites mains, essuyait les larmes de sa mère, qui se laissait pleurer, heureuse de sentir passer sur ses joues les doigts de son enfant.... Elle les baisait en passant.
—Dis-moi, Julie, penses-tu quelquefois à celle dont je t’ai parlé si souvent?...