Le jardin n’était séparé du château que par une cour un peu élevée, mais pas assez haute cependant pour que du jardin on ne pût observer ce qui se passait au château. Il est inutile de dire que du château dans le jardin l’observation était plus facile encore.

Louise, sans autre but que de fouiller dans le cœur de sa fille et d’y chercher ce qu’il contient d’amour pour elle, Louise a pris Julie sur ses genoux, et, à cette même place où elle lui parla de sa mère, quatre jours auparavant, elle épie sur les traits de l’enfant la tendresse plus forte ou plus faible qui doit suivre une longue absence. Absence funeste en toute chose, elle le craint du moins, car déjà ces quatre jours de prison n’ont-ils pas reculé l’instant où elle espérait de s’enfuir avec sa fille? Bientôt il lui faudra songer à quitter Baroy, et pourtant voilà quatre grands jours qu’elle n’a pu ajouter la plus faible somme à son petit trésor...... Que serait-ce donc si, déjà moins riche d’aumônes, elle se retrouvait encore appauvrie de l’amour de son enfant!

Elle fixe ses yeux humides sur les yeux rians de Julie:

—Chère petite, tu m’aimes donc! lui dit-elle, tu es contente de me revoir... tu as pensé à moi souvent?

—Tous les jours, ma bonne Louise, je m’ennuyais beaucoup.

—Qu’as-tu fait tout ce temps-là?

—Rien; je te dis que je m’ennuyais.

—As-tu prié Dieu pour moi?

—Oui, ma bonne Louise.

—Et puis encore?