—Je suis ta mère! ta mère!...... s’écria Louise en couvrant sa fille de baisers et de pleurs. Tu es à moi! à moi seule, entends-tu? Ton père t’a volée à mon amour. Tu m’appartiens; je t’ai achetée par six ans de malheurs, par quatre mois de mendicité. J’ai été ta servante, j’ai tendu la main pour te nourrir... j’ai dit que j’étais folle... Ton père m’a fait passer pour morte.... On m’a dit aussi que tu étais morte, toi, ma fille.... Mortes, chère enfant, mortes toutes deux pour nous arracher l’une à l’autre.... Mais maintenant je te tiens, personne ne pourra t’enlever à moi; tu es ma fille, mon enfant, tout ce que j’aime au monde... Julie, mais, ne me fuis pas, je suis ta mère!...

L’enfant était parvenue à s’échapper des bras de Louise, et elle remontait le jardin en pleurant et en courant. Louise s’élança après elle.

Dans ce moment, deux hommes à cheval s’arrêtèrent à la porte du château. Célestin se dépêcha d’aller au-devant d’eux. Le premier qui entra c’était le propriétaire de Baroy, l’homme qui le suivait, un de ses domestiques.

Célestin, surpris de la brusque apparition de son seigneur, lui dit:

—Nous ne vous attendions que dans huit jours, monsieur. Est-ce que vous êtes venu à cheval?

—En poste. Nous avons pris des chevaux de selle à Landrecies. Mais comment se porte ma fille?

—Très-bien, monsieur, très-bien; toujours gaie, contente. Elle sera bien heureuse de vous voir!

—Où est-elle?

—Dans le jardin, je vais l’appeler; à propos, avez-vous vu le maire d’Étrœung?

—Oui, oui, je l’ai vu... mais faites venir ma fille... Elle est seule dans le jardin?...