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Il crie épouvanté, tu poursuis implacable.

Pâle, épuisé, béant, sous ton vol qui l'accable,

Il ploie avec effroi;

Chaque pas que tu fais semble creuser sa tombe

Et se relève roi!

LES FEUILLES D'AUTOMNE.

On risque de surprendre le lecteur en écrivant que les Feuilles d'automne, les Chants du Crépuscule, les Voix intérieures, les Rayons et les Ombres ne marquent pas un progrès sur les Orientales. Ce qui a le plus fait pour mettre ces recueils, les Feuilles d'automne surtout, très en faveur chez les esprits d'éducation classique, c'est l'absence ou l'atténuation de défauts qui, dans les Orientales, s'accusaient vigoureusement. A notre avis, c'est au retour de ces défauts qu'il faudra applaudir; car, avec eux, les qualités sortiront aussi à outrance.

Demandez au peintre Rembrandt s'il produirait sa lumière sans ombre. Le contraste violent, qui caractérise la poésie de Hugo, s'effaça donc à un certain moment, et les yeux délicats, amoureux du tempérament, de la transition ménagée, du convenable, ou peut-être du convenu, en furent tout réjouis. Qu'il nous soit permis de penser qu'en faisant jusqu'au bout ces concessions au goût moyen, Hugo aurait perdu une bonne part de son originalité, de sa toute-puissance. Heureusement l'exil l'isolera de toute influence, le rendra tout entier à lui-même, et il écrira, avec ses procédés originaux et sa poétique exclusive, les Contemplations, les Châtiments, la triple Légende des siècles.