PRÉFACE
Après un tremblement de terre, les survivants se regardent avec étonnement. Mille sentiments très-serrés les uns contre les autres, surgissent en un instant sur le même point du temps et de l’espace.
Voici l’une des expressions confuses, indéterminées, rapides et ardentes qui se font jour, dès que le jour devient possible, dans les âmes épouvantées :
« Comment vivrons-nous désormais ? »
Une immense catastrophe exige et promet quelque immense rénovation. Il semble impossible de suivre, après l’abîme, la route ancienne qui a mené à l’abîme. Les discours ont été inutiles. L’autorité des faits semble imposer une rénovation. L’esprit s’ouvre à la fois aux désespoirs les plus profonds et aux espérances les plus audacieuses.
Tout est perdu, à moins que tout ne soit sauvé.
Une seule chose paraît impossible, c’est la continuation du passé.
Cette chose est précisément la seule qui se soit réalisée.
Examinez les âmes ; examinez les livres ; examinez les journaux. Chacun pense ce qu’il pensait, chacun dit ce qu’il disait, chacun est ce qu’il était.
Comme l’eau qui se referme, après l’immersion d’une pierre lancée et engloutie, la foule s’est refermée sur les événements avec indifférence. Elle n’a rien appris et rien oublié.