Cette affirmation, qui doit être prise à la lettre, va devenir évidente.

Cet ouvrage sera divisé en deux parties. La première sera consacrée à l’athéisme français, la seconde à l’athéisme allemand, d’où découle le premier.

Nous allons étudier l’athéisme français dans le plus illustre de ses représentants actuels, M. Renan. Nous reconnaîtrons son magnifique talent ; mais nous l’admirerons sans nous laisser éblouir par lui. Nous nous tiendrons en garde contre le charme de cette parole humaine qui s’est tournée contre la parole éternelle, au lieu de la servir. Nous tendrons à ce noble égaré une main fraternelle ; nous lui offrirons dans nos rangs une place digne de lui. C’est donc pour lui, non contre lui que nous allons écrire ; mais nous prouverons à lui-même et à tous qu’il a lancé sur le monde ces quatre négations.

PREMIÈRE PARTIE.

CHAPITRE PREMIER.
NÉGATION DE LA RELIGION.

Il y a deux manières d’être athée.

On peut dire : Je suis athée ; Dieu n’est pas.

On peut dire comme M. Renan : Je crois en Dieu, je l’adore ; mais il n’existe pas.

Celui-là est athée qui nie Dieu : ceci est élémentaire. Or, voici les paroles de M. Renan :

« A ceux qui, se plaçant au point de vue de la substance, me demanderont : Ce Dieu est-il ou n’est-il pas ? Ce Dieu, répondrai-je, c’est lui qui est, et tout le reste qui paraît être. Supposé même que, pour nous, philosophes, un autre mot fût préférable, outre que les mots abstraits n’expriment pas assez clairement la réelle existence, il y aurait un immense inconvénient à nous couper ainsi toutes les sources poétiques du passé, et à nous séparer par notre langage des simples qui adorent si bien à leur manière. Le mot Dieu étant en possession des respects de l’humanité, ce mot ayant pour lui une longue prescription et ayant été employé dans toutes les belles poésies, ce serait renverser toutes les habitudes du langage que de l’abandonner. Dites aux simples de vivre d’aspirations à la vérité, à la beauté, à la bonté morale, ces mots n’auront pour eux aucun sens. Dites-leur d’aimer Dieu, de ne pas offenser Dieu, ils vous comprendront à merveille. Dieu, Providence, Immortalité, autant de bons vieux mots, un peu lourds peut-être, que la philosophie interprétera dans des sens de plus en plus raffinés, mais qu’elle ne remplacera jamais avec avantage. Sous une forme ou sous une autre, Dieu sera toujours le résumé de nos besoins supra sensibles ; la catégorie de l’idéal (c’est-à-dire la forme sous laquelle nous concevons l’idéal), comme l’espace et le temps, sont les catégories des corps (c’est-à-dire les formes sous lesquelles nous concevons les corps). En d’autres termes, l’homme placé devant les choses belles, bonnes ou vraies, sort de lui-même, et, suspendu par un charme céleste, anéantit sa chétive personnalité, s’exalte, s’absorbe. Qu’est-ce que cela, si ce n’est adorer ? »