« Judæi signa petunt (thèse). Græci sapientiam quærunt (antithèse). Nos Christum prædicamus crucifixum, Judæis quidem scandalum, gentibus autem stultitiam, ipsis autem Judæis vocatis atque Græcis Christum Dei virtutem et Dei sapientiam. » (Synthèse.) (Saint Paul.)
Le christianisme est l’occupation de la chair par le Verbe. Or, quel est l’objet de cette incarnation ?
C’est de mettre Dieu en rapport avec nous par toutes les parties de nous-mêmes, par toutes nos facultés, par tout ce qui nous fait hommes. Le Dieu fait chair entre dans l’homme par tous les pores.
Le Dieu véritable est donc à la fois une idée et un fait, un principe immatériel et un signe sensible : protestants et catholiques nous en convenons. Mais l’œuvre est-elle terminée à la mort du Christ ? Oui, dans un sens. Non, dans l’autre. Jésus-Christ n’est resté sur terre, sous forme humaine, qu’un instant et dans un endroit. Il n’a occupé qu’un point imperceptible du temps et de l’espace. Et cependant il a vécu, il est mort pour tous les hommes. Il est venu pour nous qui ne l’avons pas vu marcher, parler, boire, manger, dormir ? Et alors, que nous reste-t-il, puisqu’il est mort ?
La doctrine, direz-vous ? mais une doctrine, c’est une idée, ce n’est pas un fait. Et puisque nous avons besoin du fait avec l’idée, du signe avec le principe, puisqu’il convient à la bonté de Dieu de satisfaire les besoins qu’il a mis en nous, son œuvre resterait incomplète si, après le départ de Jésus, rien de sensible et de divin à la fois ne persistait sur la terre déshéritée.
Si au contraire Jésus-Christ, idée et signe, a laissé une idée et un signe, cette merveille de spiritualité et de plasticité est en tous points digne de lui.
Or, la chose est faite. Il a laissé l’idée, il a laissé le fait suprême, l’assemblée universelle que nous appelons en grec Église catholique. Le Dieu un a fondé l’Église une, universelle, immuable.
Toute parole qui a une fois varié n’est pas la sienne, et il n’y a qu’une parole qui n’ait jamais varié. Consommer l’unité de tous, et garder l’individualité de chacun, tel était le problème. L’individu tire à lui, c’est la force centrifuge, l’assemblée universelle tire à elle, c’est la force centripète, bonne et utile à l’humanité comme l’agrégation moléculaire à la matière inorganique.
Le fait sur terre est le gardien de l’idée. Nous ne brûlons pas le portrait de nos pères morts. Le peuple dit que les petits cadeaux entretiennent l’amitié. Rien n’est plus vrai. L’Église est le grand cadeau fait par Dieu aux hommes pour entretenir l’amitié entre le ciel et la terre. Jésus-Christ a dit : Je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles. Je bâtirai mon Église sur une pierre. Dieu a donné sa parole au monde, et l’Église est légitime dépositaire de la parole donnée. L’homme est un être pensant : il a la doctrine. L’homme est un être pratique : il a le culte et les œuvres. Les sacrements administrés par l’Église sont les canaux dont elle se sert pour que l’idée soit versée en nous.
Mais nous sommes toujours libres de nous égarer, et deux grandes sources d’erreurs s’ouvrent devant l’homme :