CHAPITRE VI.
L’INCARNATION.

Dieu a sa vie interne : il est. Il a sa vie externe : il se manifeste.

Depuis sa chute, l’homme sent en lui les mouvements d’une nature contradictoire qui penche vers la créature, sans pouvoir se passer du créateur. Il est incliné vers la multiplicité ; mais il ne se rassasie que dans l’unité.

Il est si petit qu’il se complaît en lui ; il est si grand qu’il ne se satisfait qu’en Dieu.

Avant la venue du Christ, l’humanité se divisait en deux parties distinctes, le peuple juif et les autres nations.

La philosophie grecque, pour ne parler que d’elle, chercha la sagesse. Elle constitue une philosophie. Elle n’est pas une religion. Le culte manque. La philosophie grecque ne s’adresse qu’à la vie interne de Dieu, cette vie qui s’appelle dans l’Écriture Sapientia. Elle oublie sa vie externe, sa force, sa vertu : Virtus.

Le culte juif, quoique divinement institué, ne dut réaliser que des figures. Ces figures cependant, voulues de Dieu, renfermaient l’idée en germe. L’animal immolé était la figure de la grande victime. Jésus-Christ n’avait pas encore dit aux hommes : Mes enfants, mes amis. Saint Paul n’avait pas encore célébré la liberté joyeuse des fils de lumière. Le judaïsme était une religion : mais cette religion était provisoire ; elle s’adressait surtout à cette vie externe de Dieu que l’Écriture appelle Virtus.

En parlant de la philosophie grecque et de la religion juive, n’oublions pas la distance qui les sépare. La première était une chose humaine, la seconde une chose divine. N’oublions, en les considérant, ni la différence de leur origine, ni celle de leur destinée.

Ainsi seraient restées en face et en guerre les oppositions, les thèses et les antithèses, si l’unité même n’était venue tout simplifier, par un mystère formidable.

Le Verbe se fit chair. Ainsi les deux choses que nous avons appelées de ces deux noms Sapientia, Virtus, se réunirent dans un être visible. Ainsi le Verbe s’offrit à l’intelligence de l’homme, et à ses yeux donnant un corps au λογος qu’avait rêvé Platon, substituant l’idée aux figures Judaïques, et l’homme entier put adorer Dieu, tel qu’il est.