Quoi qu’il en soit, notre panthéisme est un pauvre panthéisme d’emprunt.
La doctrine de M. Renan consiste à n’en avoir pas, comme la doctrine de plusieurs autres consistait à faire des phrases. M. Renan, lui, est un soldat, un tirailleur adroit. S’il n’a pas de doctrine, il a au moins une intention : il veut attaquer Dieu au cœur.
La France, qui ignore la philosophie, et croit sur ce sujet tout ce qu’on veut bien lui dire, à amalgamé les insinuations de M. Renan avec la bêtise sentimentale représentée par Rousseau, père de l’opéra comique, et la bêtise méchante représentée par Voltaire, père de la chanson. Au point de vue de l’exégèse, la France en est encore à Strauss, cet enfant malveillant, qui est oublié depuis longtemps de l’autre côté du Rhin.
L’Allemagne a usé et rongé ses propres erreurs : il est temps qu’elle vienne à la vérité qui ne s’use pas. Il faut qu’elle recommence. Elle ne peut recommencer que par le germe des germes. Elle cherche la synthèse. L’Église universelle, unité vivante, lui tend les bras.
Si Platon était la préface humaine de l’Évangile, Moïse en était la préface divine : mais l’Église possède seule le Verbum caro factum dans sa plénitude, Dei virtutem et Dei sapientiam : et cette synthèse est fidèle à elle-même.
Vous savez que nul homme n’a jamais eu un disciple fidèle, et pas même lui-même ; vous connaissez l’homme, ce monstre d’inconstance, ce prodige de faiblesse ; vous avez contemplé, ne fût-ce qu’un instant dans votre vie, la défaillance de toute créature ; vous savez à quoi tiennent les hommes, les institutions et ce qu’il faut de vent pour renverser tout ce qui est debout ici-bas ; pourtant vous voyez trois choses :
1o L’existence réelle des saints.
2o L’existence réelle de l’unité. Un homme dans l’Église est d’accord avec lui-même et avec tous.
3o L’existence d’un fait social, l’Église, qui survit à tous les faits, sans aucun moyen connu d’existence et de durée, ne cédant rien de son esprit et de sa doctrine, faisant tout céder à sa doctrine et à son esprit.
Pouvez-vous voir ces trois choses, demeurer calme en face d’elles, et dire avec assurance : Cela ne signifie rien ?