Les yeux se rencontrèrent: ce n'était que détresse, consentement, délice funeste, fatalité sans épouvante.

Chacun de ces êtres avait toute sa misère au corps, aux mains, en sueur, au front, jusque dans son souffle.

Lentement, très lentement, le garçon de recettes se tourna vers son patron, fit mine de lever les paupières et parla:

—Monsieur, je ne vous reconnais pas, je ne vous connais pas. Je suis innocent. Ça, je le sais, c'est tout ce que je sais... La petite...

—C'est mon désir, clama violemment Rocaroc—violemment mais entre haut et bas,—c'est mon désir qu'elle a exprimé et je...

—Par grâce, patron! reprit le vieillard! par grâce! pas un mot!...

Le soir tombait, un de ces soirs d'été, gras, courts et paresseux, qui savent ne pouvoir pas durer et qui s'en donnent leur saoul, bourrés de chaleur et de fatigue. De ces trois personnages, pas un ne songeait à faire de la lumière: tous voulaient rester dans leur nuit à eux, dans sa nuit à soi, quitte à avoir une aube commune et claire d'espoirs inconnus. Leur angoisse, leur souvenir, l'obscurité, tout tourna à une tendresse sourde, aveugle, et lourde, à une fraternité au cœur secret de l'existence affreuse, de ses luttes, de sa déchéance sans fond. Ces adversaires irréductibles ne se mesuraient plus; ne se menaçaient plus: ils se fondaient dans une ténèbre grise, dans une paix prometteuse de néant.

Tout à coup, un petit bruit fendit à peine le silence: la jeune fille fondait en larmes.