Un bruit sec... Un éclair... Une flamme livide, pointue... Un couteau!
Du coup, je fus debout, la bouche ouverte. Je n'étais qu'un cri—étouffé.
Ce couteau!...
Un couteau vous fait autant de bien à voir au bagne qu'une belle bouée de sauvetage en pleine mer, dans l'eau. C'est le fruit défendu, c'est l'outil, c'est la liberté, c'est l'âme même. On se sent vivre puisqu'on peut tuer et se tuer. Mais ce couteau-là! Je ne le reconnaissais pas, je lui appartenais. C'était mon couteau, à moi, mon crime, ma peine, mon existence! Il ne brillait pas, il me brûlait.
—Oh! fis-je d'un ton de reproche puéril, on l'a nettoyé! Il est lavé!
Relation de cause à effet! Retrouver, comme au premier jour un lingue catalan, Ruben Matteño, Barcelona, tout frais, repassé, pis que neuf, sans tache quand, la dernière fois qu'on l'a vu, il était mangé de sang, de sale sang mauvaisement et mal conservé, pour vous nuire, sur la table des pièces à conviction, être trop sûr qu'on doit tous ses malheurs à cette tache de sang—qui n'existe plus—et qu'on existe encore, aboli, retranché du nombre des vivants, ne soufflant plus que pour soupirer et que l'arme est là, pure, innocente, blanche comme une fiancée, argentée comme une vraie pièce de cent sous, ça donne envie de recommencer, rien que pour croire qu'on n'est pas forçat et qu'on a beaucoup à faire pour le devenir. C'est un joujou qui vient de France. Et comment peut-il en arriver?
—Ce couteau, ce couteau... d'où le tiens-tu?
—C'est une bien sale arme, en effet. Trop d'arête, trop de pointe. Trop lourd. Et ces clous en étoiles jaunes sur le fond rouge! C'est d'un bourgeois! Enfin, il faut se servir d'une arme!
Il ajouta: