—Je ne me demande pas pourquoi. Moi, j'ai à vous garder. Je suis payé pour ça. Pas cher. Mais payé. Fonctionnaire, je ne puis rien. Homme, je vous tiens quitte. Je n'ai pas le droit de vous relaxer. Mais je puis vous tuer—sans douleur... A cause, continua-t-il, égaré, à cause de notre pauvre Paul... Celui-là, je n'ai pas pu le sauver: il ne voulait pas. Mais vous... vous... à sa place... vous voulez bien, n'est-ce pas... oui, oui?... Vous l'aimiez... Vous avez failli redevenir, devenir criminel, pour lui faire plaisir. Et maintenant, il dort... s'il dort...

Je crus que M. Capucino allait défaillir. Mais ce diable d'homme se reprit, sourit et, d'un ton presque naturel, commença un récit:

—Mon cher, vous n'attachez pas assez d'importance à la politique de la métropole. Vous ne lisez pas les journaux que vous m'apportez. J'ai beau laisser traîner les dépêches, ouvertes: vous ne les regardez pas. Vous voyez que vous n'étiez pas né pour être ou devenir domestique. Vous ne savez même pas que vous avez un cousin au pouvoir. Ministre, mon ami! ministre!

—Je suis sûr, interrompis-je, que c'est cette canaille de Charles!

—Très exact. C'est bien Charles! Canaille? je ne sais pas. Mais je le croirais, à l'indifférence dont il fait preuve envers vous!

—Ah! Monsieur le Directeur ne le connaît pas! Je parierais que mon cousin ne sait pas que je suis au bagne. Il ne prend garde qu'à ses affaires, qu'à son affaire. Rien n'existe pour lui que lui. C'est pour cela qu'il est socialiste. Et le voilà ministre!

—Il est plus socialiste que jamais. Mais le vent a tourné, en France. Ça lui fera plaisir de vous revoir. Un parent pauvre chez un socialiste, c'est un rayon de soleil!

—Monsieur plaisante! En France, moi! chez un ministre!

—Écoutez, Bicorne. Je suis égoïste. Je vous demande votre protection.