[CHAPITRE IV]

LE DERNIER ENDROIT OÙ L'ON CAUSE.

—Ça te fait de l'effet de voir des femmes ici?

—Ça me fait de l'effet d'en voir n'importe où. Je ne sais par où commencer. Mon Dieu, les femelles, les filles, ça va encore! Outre! boutre! foutre! Mais les dames, voire les demoiselles! Du linge et des égards, c'est trop!

—On te fait grâce des égards. D'ailleurs, en cet endroit, les femmes ne sont plus des femmes. Ne mâchonne pas ton cigare comme ça. On n'aime pas ici, on joue. La revanche!

—Tu ne m'avais pas dit qu'on tolérait les femmes au cercle.

—Tolérer? Tu es grossier. On les reçoit et elles te reçoivent, toi, veule invité! Elles sont membres du cercle. Nous sommes un cercle mixte. Plus d'écoles mixtes, mais des académies! Et, au fond, si j'ose dire, le législateur de passage a eu raison: il n'y a plus de sexe en face d'un tapis vert, il n'y a plus que des yeux, des gorges qui se ressemblent à force d'être sèches et des doigts, des doigts, des doigts!...

—Tu ne joues pas, toi?

—Non, je jouis. J'ai à moi le salon de lecture, j'y suis maître et seigneur comme un chef de gare dans une salle d'attente à jamais vide, comme le directeur de la Bibliothèque d'Alexandrie, comme le concierge supérieur du château de la Belle au Bois dormant. J'ai les journaux, les livres, les revues. Je n'ai pas besoin de les ouvrir et de les feuilleter: ils me racontent toutes leurs histoires et tous leurs secrets. Mais si tu veux des femmes, tu en trouveras dans trois quarts d'heure. On a le temps de causer. Tu as bien déjeûné?