Et se sentant aimer de plus en plus ses maris assemblés, M. Canette maudissait tout ensemble feu M. Quinet, feu son père, le Juif-Errant et la franc-maçonnerie, causes de tout ses maux, Cupidon, Cypris et l’Amour.

Il était dans sa ligne, dans la suite de sa vie qu’il devînt l’amant de cette fatale Alice. Mais en cette aventure il fut,—proprement,—héroïque.

Ayant appris,—par un tiers,—que ses tentatives allaient être couronnées de succès, il alla aussitôt trouver le mari d’Alice, M. Antoine de Candie. Il lui tint cet authentique langage:

—Mon cher ami, on dit que je fais la cour à votre femme. Je n’ai pas à vous déclarer que je place au-dessus de toutes les considérations votre estime et votre amitié.

Antoine lui serra la main, noblement comme il fait toutes choses, et, le soir même, le destin l’emportant sur toutes les considérations et sur la déconsidération même, Canette était contraint d’accepter l’hommage du cœur de la mélancolique Alice et de lui offrir son propre cœur, en échange, suivant les règles.

Ça se passa très bien et ça dure.

Alice prend donc envers moi des airs complices: nous sommes les voisins, en somme, et elle ne fait entre nous et elle que la différence de son expérience, de son goût, sans doute, et de son bonheur professionnel. Elle nous traite en petits garçons: c’est ma première femme, Claire, et c’est son premier adultère.

Et malgré que sa sentimentalité native lui peigne toutes les amours comme éternelles, elle n’est pas éloignée d’envisager dans l’avenir de Claire une triomphale et sûre théorie de liaisons que j’ouvre, tel un tambour. «Vous êtes triste,» me dit-elle. C’est une conversation sans intérêt. Elle me pèse et me détaille du regard: suis-je encore son soupirant ou ai-je changé?

Et ce sont des comparaisons avec M. Canette.