Il s’abrite derrière sa bouffonnerie pour les affaires d’honneur que lui proposent ceux qui ne sont pas au courant, et, pour ceux qui sont au courant, il abrite sa bouffonnerie derrière sa lâcheté étalée, en relief, obscène d’ostentation et patentée. Il est entendu qu’on n’y touche pas, qu’il est sacré et qu’il faut rire.

C’est le fol de la démocratie, de la démocratie dorée—au mercure—des restaurants de nuit. Il faut sourire par snobisme et on ne pardonnerait pas à celui qui ne pardonnerait point.

Si donc M. Tortoze lui avait passé la fâcheuse lettre, c’est qu’il voulait en être plus vite délivré et en rire plus tôt, que Marbon savait mieux dire que lui: «Ça n’a pas d’importance» ou «Elle est bien bonne» et proférer ces «Pftt!» définitifs qui écartent les ennuis et changent les soucis en ferments de gaîté.

Il attendait un éclat de rire immédiat et sagement contagieux, il s’offrait goulûment aux tapes sur l’épaule, aux tapes sur le ventre qui, non sans vigueur, remettent sur la grande route de la sérénité.

Il attendit en vain.

Marbon devint grave, par extraordinaire et se tut—car il faut un commencement à tout.

M. Tortoze entendit—il n’avait lu la lettre qu’une fois—et scanda en ce silence lourd les termes exacts de la dénonciation:

«Ça continue. Puisque ça vous amuse, conseillez donc à Maheustre et à votre Claire (j’écris: votre, je ne sais pourquoi car, c’est sa Claire, à titre exclusif) de s’afficher un peu moins et de s’aimer un peu plus pour eux et un peu moins pour le public des premières—et des centièmes—de Paris, des environs et du quartier...»

Il ne voulait pas se rappeler la précision du quartier.