M. Marbon a pour habitude de déclarer qu’il est l’homme d’affaires de Tortoze. «Il trouve pour moi, explique-t-il, je compte pour lui.»

Mais il a de l’imagination lui-même.

Sa manière de compter, c’est de conter, d’embrouiller des chiffres en des histoires, en des anecdotes, en des plaisanteries, de faire danser en une sarabande d’énormités, les chiffres avec les calembours, les affaires avec des gravelures et de mêler tout, en l’immense cocktail de la vie, pour en faire une boisson amère—mais, qu’on boit comme, jadis, le vin tiré.

Il est connu, presque recherché, comme plaisantin. On ne le subit pas, on l’aime. Et, parce qu’il a du bagout, parce qu’il diffame, on le proclame «bon garçon».

Et c’est aussi parce qu’on n’ose pas lui reconnaître du génie.

Il est vrai que ses farces sont sans importance et sans conséquences.

On se relève parfaitement d’un de ses mots car ce sont des mots pour hommes ivres-morts et tombés sous la table, des mots pour après boire, dont certains sont tirés de recueil d’anas et qui unissent en leur chaîne incohérente, l’impersonnalité à l’à-peu-près: Marbon ne vise pas d’ailleurs à l’Académie.

Il n’est pas considéré comme courtier, n’est pas considéré comme littérateur: il vit en marge,—et il en vit.

C’est l’amateur qui tire de son amateurisme des profits uniques, qui n’est en concurrence avec aucun des professionnels parce qu’il est en concurrence avec tous et qui mange, qui capitalise comme il trompe, comme il vole, comme il blesse, comme il tue—sans faire semblant.