II
«UN BOUFFON MANQUAIT A CETTE FÊTE!... »
Voici comment ça s’est passé.
M. Godefroy Tortoze était à Vichy.
C’était la plus délicieuse époque de cette ville délicieuse. Personne nulle part. La paix altière des montagnes, la fraîcheur tempérée de l’hiver, la poésie des cimes, de l’intimité et, ne l’oublions pas, la poésie thermale, tout était pour éjouir et pour ennoblir l’âme diplômée et brevetée de M. Godefroy Tortoze.
Les expériences de la veille avaient définitivement imposé à la direction du casino ses dernières inventions: tables-feu d’artifice et surtouts-accumulateurs: la direction du casino avait même échafaudé sur cette science féconde et gracieuse des rêves dorés, une multiplication électrique, elle aussi, de sa clientèle toussotante, un rajeunissement du cadre de ses valétudinaires et—voilà bien le rêve—un nouveau mode de réclame et de publicité.
La conscience forte, l’esprit libre, s’accordant trois jours de repos après tant de mois de création, d’efforts géniaux et d’efforts commerciaux, de démiurgie, de métallurgie, d’électricité, de puffisme et de diplomatie, M. Tortoze prenait un solide apéritif, pour se mettre en harmonie avec un dîner solide lorsqu’on lui apporta—respectueusement—son courrier du soir.
Il le dépouilla nonchalamment, et, à une lettre, fronça les sourcils, sans exagération, murmura «Encore!», hésita un instant et la passa à son inévitable compagnon Marbon en lui disant: «Et toi, qu’en penses-tu?»