Elle ne les incendie pas. Rien ne pourrait incendier, rien ne pourrait varier ta blondeur étrange, comme poudrée et métallisée, ta blondeur bleue et grise, ta blondeur d’aube et de crépuscule. Les passants te trouvent châtain mais c’est un mot si vite dit!
Tu es blonde, plus blonde, autrement blonde que le reste du monde: oui, je te reconnais maintenant, c’est bien toi, ce sont tes cheveux, tes cheveux dont je me suis enveloppé dans mes insomnies, la Toison d’or, la toison mauve de toutes mes entreprises contre les monstres, le drapeau de mes héroïsmes, la bannière de mon royaume!
Apporte-moi tes cheveux, donne-moi ta main: tu es bonne, tu m’aimes. Je serai bon et je t’aimerai.
Et je serai toujours très petit garçon avec toi parce que tu te donnes à moi aujourd’hui: c’est bien, c’est beau; c’est la plus touchante des actions; je ne te ferai jamais de peine.
J’ai une grosse envie de pleurer, de pleurer sur mes désespoirs qui m’ont corseté si longtemps d’un corset de fer, de pleurer sur mes jeunes ans qui ne t’ont pas connue, de pleurer sur le monde: c’est le bonheur, vois-tu, le bonheur auquel je me confie, qui va m’emporter à la rive et me noyer en son immensité. Je voudrais tes larmes avec les miennes, mais je ne puis te supplier de pleurer: je ne pleurerai donc pas. Et je ne puis pleurer.
Une ivresse me prend, une ivresse de brute: mes mains âprement saisissent ton corps, ton corps ignoré, mon cœur veut rapidement t’apprendre par cœur—et mon âme...
Ah! veux-tu, ne parlons pas de mon âme! Laissons nos âmes où elles sont, très loin, pas aussi loin qu’elles le désireraient, convulsées, hagardes, terrifiées devant la frénésie de nos corps! Ah! ah! nos pauvres âmes ne nous savaient pas les jolies brutes que nous sommes. Elles ne nous méprisent pas, non, chérie, elles ne nous méprisent pas, elles ne peuvent pas nous mépriser mais elles nous trouvent un peu violents, un peu avides, d’un tel appétit et nous ruant vers quelles voluptés! Consolez-vous, petites âmes, nous vous reviendrons quand nous serons las et nous vous demanderons votre petite chanson, votre berceuse et votre chant grave aussi, vers les étoiles.
Et vraiment que nos corps s’ébattent! Est-ce qu’ils nous en demandent même la permission?
Ah! chérie, ne me demande pas, toi, de te détailler nos courbes et les chaos variés où nous nous perdons tous les deux. Les sursauts, les râles, les petits cris, les petits soupirs, les baisers qui montent et qui descendent, les morsures... Soyons des brutes, des brutes. Ah! chérie, je ne puis même pas te demander pardon de te mordre: je te mords très naturellement et j’ai un rugissement de lion timide, un rugissement qui s’étrangle et qui dure, le ricanement d’une bête sur sa proie et je te pétris pour te faire plus mienne et je m’irrite sur ta chair, ta chair qui fait grincer ma bouche, qui soufflette ma chair de sa fuyance, de son retour, d’un mouvement incessant de recul, d’approche, de son électricité, de sa lenteur, de son abandon et de sa révolte.