Les mots m’ont laissé là et toi aussi.
Une seule phrase nous tient et nous balance en son infini «je t’aime... je t’aime...» et cette phrase n’a plus rien d’humain, onomatopée, c’est un cri de bête «je t’aime... je t’aime...»
Ta main erre sur ma joue comme la main d’une petite sœur sur la joue d’un petit frère, plus petit, et je m’enivre à blesser ma paupière de la ténuité aiguë et soyeuse de tes cils.
Aime-moi, aime-moi, petite sœur... suis-je bête, que fais-tu alors? Aime-moi, petite sœur, aime-moi tout de même.
Que tu m’aimes en ce moment, ce n’est pas une raison de ne plus m’aimer.
Quelle délicieuse sensation, cette peur de te perdre tandis que je te possède!
Et tout est délicieux: ma main se joue, s’égare en tes cheveux, en leur lourde fraîcheur; elle les agite comme un fragile hochet et s’en lie pour toujours, elle en couvre ton front, ta joue, tes épaules, t’en fait mille voiles, mille cadres à tes yeux.
Tu veux parler?
C’est pour me forcer à boucher ta bouche de ma bouche.
Je ne parle pas. Fais comme moi. «Je t’aime... je t’aime...» Et à nous deux nous faisons, n’est-ce pas? un bon petit néant. Un petit néant grand comme l’univers et plus grand puisque c’est tout l’amour de l’univers.