La lampe a disparu, le lit s’est dérobé: nous sommes en une poudre d’étoile, en une molle buée de ciel, nous sombrons en un gouffre de beauté.
Nous allons parler maintenant; de notre cher néant, des mots et des paroles, des vers vont monter, à peine, d’abord, comme une apparition de sainte, puis vont se précipiter comme un torrent lumineux: nous allons dire ce qu’on appelle des riens et nous allons nous passer notre âme, en fraude, dans des mots vides.
Et nous allons dormir peut-être, la main dans la main, comme des écoliers de l’école de Silence, comme des anges qui, au retour de l’exil, se rappellent peu à peu comment on doit dormir pour faire plaisir au bon Dieu.
Les rêves sublimes sont là, tout près; les jolis rêves se préparent, sur le bout du pied, les yeux grands ouverts à mesure que nos yeux se ferment, les rêves immenses se déploient sans bruit pour nous surprendre, ils vont envahir notre horizon et danser—sur nous, autour de nous,—la sarabande des espoirs, la ronde des ambitions satisfaites, le galop de la grandeur et de la puissance.
Fermons les yeux, chérie, fermons les yeux sur les si récents, sur les impérissables souvenirs qui, de nos corps, se distillent en nos cœurs et qui, comme une source de joie, emplissent jusqu’au bord la coupe de nos âmes, car nos âmes sont revenues, oui, Madame, et s’étirent et se remettent à vibrer—pas très fort—comme une belle fanfare, comme une gentille harpe. Ah! les mutines! Tu ne sais pas ce qu’elles font? Elles se content et content nos étreintes, en font une cantate, les traduisent en langage céleste, en font de l’idéal, tel quel, et c’est céleste, c’est admirable, c’est divin. Et puis si ça vous amuse...
Bonsoir, nous allons dormir.
Eh quoi? qui se dresse à mes côtés? qui s’effare?
C’est toi, toi, chérie? Tu ne t’endors pas. Tu parles?
Une grande phrase. «Chéri, il faut que je parte. Quelle heure est-il?»