Je te fuis, je te fuis pour te faire plaisir car nous finirions, tout de même, par pleurer dans les bras l’un de l’autre, et tu ne me le pardonnerais jamais. Je te laisse la place, je te laisse ma chambre, je te laisse dans les pleurs et je vais vite, vite...

Et je suis revenu le lendemain à cette place où tu avais pleuré: j’y suis venu pleurer à mon tour et je n’ai plus trouvé trace de tes larmes, mais sur le lit défoncé, un écrin s’ouvrait où, de larmes encore de diamants et d’or pâle, s’écartelait ta croix de la Légion d’honneur,—offerte par une souscription spontanée,—oubliée, reniée, vomie, qu’il me faut te restituer, te renvoyer, qu’il me faut, sans phrases, anonymement, comme si je te l’avais volée, te reclouer au cœur.


VI

LIVRÉ AUX BÊTES

...De la musique, de la poésie et des plaisanteries traînent encore du salon aux cabinets de toilette, en tout cet appartement transformé, déguisé en salle de spectacle, des conversations de couloirs ont improvisé les couloirs et l’on rit comme entre des strapontins et l’on chuchote comme en des coulisses.

Il y a un buffet, aussi, plaqué de verres de champagne et de gâteaux secs où des dames s’assoient, s’établissent, s’éternisent, sans boire, sans manger, pour bloquer les victuailles, pour protéger les consommations.

Que suis-je venu faire en cette galère?

Montrer ma tête tragique, mes yeux tombants, ma bouche cassée, exhiber ma fièvre et ma folie, faire toucher du doigt, d’un serrement de main, d’une poussée, ma faiblesse, mon épuisement, ma pâleur et ma colère.