Je me rappelle le discours que, en face de toi, lorsque je venais de la posséder pour la première fois, me tint de loin sur toi ma lointaine maîtresse. Je me rappelle la glose de vos fiançailles: tu vois ici quelque chose que tu n’as pas eue, des sensations, des rêves qui te débordent et tu te lamentes vers eux.

Je ne puis te les donner: je ne les ai plus, je ne sais plus, j’ai mal et tu as mal.

Tu t’obstines: tu voudrais échafauder des reproches, tu voudrais en même temps ramasser ta misère et tu noies tes ongles, ta main dans le lit et tu t’embarrasses dans ta syllabe, dans ton cauchemar, dans tes deux lettres hagardes: «Là... là...»

Pourquoi ne pleurons-nous pas ensemble? Pourquoi ne nous penchons-nous pas ensemble sur ce lit qui est à nous, et où une vie qui est à nous aussi, à toi et à moi... mais il y a le respect humain qui te tient, qui me tient, même en ce moment.

Il y a que, désorganisé, déboîté par la douleur depuis des heures, évadé de ta gloire, de ta vie, tu n’oses pas, tu ne voudrais pas me serrer la main.

Il y a que j’ai honte et que je ne veux pas avoir honte, et que nous avons trop mal l’un pour l’autre.

Mais j’ai une trop grande tentation de me jeter dans tes bras, de pleurer avec toi, de pleurer enfin, car je me suis retenu, car je n’ai pas pleuré, à cause que tu pleurais.

Je vais pleurer ailleurs,—où je ne serai pas chez moi.