Tu termines ta toilette, ta toilette de fuite. Amoureuse qui va rentrer dans le siècle, tu t’enroules dans tes parures de femme: on ne se doutera pas dans la rue que tu es un sanctuaire de tendresse, un autel de passion, un chemin de foi et d’ardeur.

Mais tu as froid: ah! chérie! il n’y a pas de feu ici: c’est ma faute. J’aurais dû penser au froid, je n’ai pensé qu’à toi.

Je suis un amant novice, je n’ai aimé personne avant toi et tu es ma première femme. N’insistons pas: c’est ridicule. Je connais pour avoir lu de mauvais contes, pour avoir vu de mauvais dessins, les rencontres brèves et leurs accessoires. Il n’y a pas d’accessoires ici.

Tu grelottes un peu: c’est de n’avoir plus autour de ton cou le hausse-col brûlant de mes bras.

Je te rends mes bras, je te rends mon cœur «...comme il bat!...»

Ah! tu t’aperçois de ma fureur? tu vois que j’ai mal!

J’ai une émotion un peu brutale: elle me tue, elle me défonce la poitrine! j’ai un cœur mal élevé qui se heurte, qui se brise, qui bondit de joie et de tristesse et j’ai un sourire aussi qui est un peu naïf, un peu brouillé, trop tendre, trop triste, trop reconnaissant—et qui demande trop de choses...

Tu es pressée, tu as hâte de t’ensevelir en ton foyer, en ton foyer glacé où il fait moins froid qu’en cette chambre froide.

Tu prononcerais volontiers des paroles pour caractériser notre délice, pour en dire toute la saveur, toute la férocité, pour souhaiter en notre union la bienvenue à la volupté et pour m’avouer encore que tu m’aimes, que tu es mienne, mais ta voix tremblerait un peu en cet endroit où il n’y a pas de feu—et tu n’as pas le temps.