Ton silence, chambre, devient plus agressif.

Je comprends. Le marchand de vins ne t’a pas louée parce que tu étais prédestinée à moi, à nous et parce que les aventures les plus fatales doivent, par le temps qui court, avoir un prétexte, un alibi naturel, un alibi de banalité.

Eh! chambre, tu es triste,—comme moi, tu es pauvre, comme moi, tu es vide—comme moi.

Et nous ne pouvons nous consoler puisque nous sommes faits pour être tristes ensemble et pour nous réjouir ensemble—moins souvent.

Tu as été sanctuaire: tu as connu la gloire, les fêtes absolues, l’intimité qui comporte, qui apporte avec soi l’immensité, tu as été l’univers et tu as été l’au-delà: c’est fini pour aujourd’hui, morne chambre.

Et tu ne resteras vêtue que de tes souvenirs et de ton silence.

Je ne puis te consoler puisque je ne puis être consolé et je trouve comme toi que cette créature hautaine, que cette créature de délice, que cette créature de douceur s’en fut trop tôt, trop rapidement, trop brutalement, que la rue et le monde la tirèrent d’ici, comme on tue.

Et je vais m’en aller, moi qui te parle. Je serai dans mon tort, parce que les chambres doivent être habitées, mais je te demande pardon, tout de suite. Et je ne vais pas m’en aller tout de suite: j’ai honte. En te délaissant, je délaisse le décor de mon bonheur et mon bonheur et tu vas être si vide, si froide!

Ah! que l’intensité de nos moments, que la tendre férocité de notre séjour, que l’impatience passionnée de nos rencontres se disperse, s’étende sur ton vide et sur ta médiocrité, petite chambre!

Tu as abrité des malheurs: tu leur as accordé le leurre du toit, le leurre de la sécurité, le droit de dormir et le droit d’avoir de la pudeur, tu leur as été indulgente en cachant leurs soucis et tu leur as été pénible en leur coûtant leur argent et, parfois, l’argent qu’ils n’avaient pas: tu n’es pas mon gîte à moi et tu n’es pas son gîte à elle: tu n’es même pas le gîte de notre amour, puisque notre amour emplit le monde et que, dans tous les palais et sur toutes les montagnes, il se déchire en petites prières et en jolis murmures, que les oiselles le passent au bec de leurs petits et que les chênes et les fantômes le chantent en leurs frissons, tu es le gîte de notre étreinte.