Je me précipitai dans le soleil, dans les fleurs, dans les arbres et dans la mer.

C’était le temps où le printemps tremble sur les côtes, où les arbres se trouent des murmures hésitants, des murmures impétueux de la vie, c’était le temps où le crépuscule s’alanguit et repousse le soir dans la mer, où le jour veut avoir le temps de mourir et de s’étendre paresseusement sur les flots.

Le soleil s’évanouissait dans de l’azur, c’était le moment de l’azur, où l’azur veut tout conquérir, veut tout avoir, veut être tout, où il couvre, où il masque tout, jusqu’à la médiocrité, jusqu’au néant, où il s’épand, en coulées larges et sûres, presque par blocs, sur les arbres, sur les fleurs et c’est un azur profond et massif, un azur plein, vivace, torrentiel et calme.

Je ne m’assis pas au bord de la mer: c’est une mer devant laquelle on ne doit pas s’asseoir, c’est une mer qui veut qu’on la respecte.

L’azur léger qui, en un balancement léger, s’en venait mourir au ras de la terre, à la pointe du roc, s’épaississait tout de suite d’un azur plus lourd, d’un azur de puissance, presque indigo; du mauve se gonflait des violets les plus sombres, les plus veloutés, lumineux d’une lumière intime et lointaine.

Pas un bruit, pas un souffle pour troubler l’atmosphère de prédestination, le silence de gestation, le crépuscule d’apothéose.

Et j’entendis un souffle, moins qu’un souffle, un rythme secret.

Je regardai.

Sur les larges et plats degrés qui descendent insensiblement à la mer, une forme glissait, sans couper le ciel, sans violer l’azur, une forme qui se mariait à l’azur du ciel, à l’azur de l’heure, une forme rythmique, en son rythme secret, mélodieuse comme le silence et lente comme le crépuscule. Et, devant cette mer où l’on ne voit jamais personne, devant cette mer jalouse de sa beauté, égoïste en sa splendeur, devant cette mer qui ne chante que pour soi, qui n’est coquette que pour soi, devant cette mer qui semble grosse d’un dieu inconnu, devant cette mer d’indifférence et de pudeur, devant cette mer de mystère, je crus voir s’avancer je ne sais quelle ondine, je ne sais quelle nymphe de pudeur et de mystère, je crus à une apparition, je crus que je troublais une cérémonie, que je troublais un rite.

L’ondine qui descendait était la grâce et la jeunesse et, en ce soleil couchant, en cet azur tyrannique, en ce midi autocratique, elle apportait comme un reflet, comme un rayon de lune—et de lune allemande, comme un reflet des lacs d’Écosse, comme un reflet des ciels de l’Écosse aux ciels gris-perle.