Il y a des nuances dans le silence: j’étais si ému que je voulus me taire davantage, d’un silence plus anxieux et plus respectueux.

Et des paroles glissèrent à moi, de l’ondine glissante. Oh! des paroles qui n’outragèrent pas le paysage, qui n’humilièrent rien en la nature, des paroles de paix en la paix universelle, des paroles profondes en la profondeur du mystère.

—C’est vous? demanda la nymphe. Quel beau soir!

Je la connaissais! J’eus devant la mer; le scrupule de ne pas trop me la rappeler, de ne pas l’interroger sur sa santé et sur des choses autour d’elle.

Elle me paraissait nouvelle, fille de cette ville et de cette mer: je ne l’avais pas remarquée jusque-là; je l’avais rencontrée et saluée sans la remarquer.

Et j’avais envie de pleurer à ses pieds.

Jamais je ne fus plus faible, jamais je ne me sentis plus près des choses, plus près de m’évanouir dans les choses.

La nature qui ne me frappe jamais parce que je la sens en moi, que je n’admire jamais, parce que je l’admire trop, que je ne puis exprimer de mots parce que je la sens de tout moi, de mon cœur, de mes yeux, de mon âme, de la volupté et de la souffrance de tout mon corps et de mon âme élargie, aiguë, immense, les arbres, les fleurs, les rochers, le ciel et la mer même, tout se cabrait, se convulsait en moi, tout se déchirait, tout se lamentait, tout s’exaltait en moi, d’un spasme.

—Oui, dis-je, c’est un beau soir.