De quel ton avais-je parlé? J’avais parlé la langue de l’amour, car elle me considéra étrangement.
—Je ne vous ai jamais entendu parler ainsi. Vous avez mal?
Je ne la regardai pas. Elle était là qui errait sur la mer, qui emplissait l’immensité et je la fixais tout près, là-bas, et ailleurs dans le vague et dans le vide.
—Oui, répondis-je, j’ai mal. Mais ce n’est rien!
Non, petite fille, ce n’est rien, c’est tout,—et c’est plus et c’est pis et c’est mieux. Ma vie,—mais qu’est-ce que ma vie?—vient de s’échouer au bord de cette mer, au bord de ce rocher. Mais non! ce n’est pas un naufrage:
C’est un appareillage sur cette mer sans barques, sur cette mer fraternelle, orgueilleuse comme nos deux âmes.
Et nos deux âmes et nos deux songes s’en vont sur cette mer, en une étreinte. Tu ne le sais pas: je ne te le dirai pas. Les fiançailles doivent être secrètes et rien n’est discret comme la mer, rien n’est discret comme la beauté.
Tu me dis, petite fille:
«La mer est magnifique de sévérité. Ne voyez-vous pas qu’elle se glace en pensant aux joueurs de là-haut. Pauvres gens!»