Tu as envie de pleurer comme une enfant qui ne sait pas et à qui on a infligé la fortune, la gloire et les cieux avant de lui apprendre ce que c’est.

Tu es émue, d’ignorance, et tu tâches à te faire à moi, qui me suis donné à toi. Tu m’interroges et tu me remercies et tu m’humilies devant moi, à travers l’espace, tu désires me voir, savoir ce que je fais: je bois en face de ton mari, chérie, et je suis la chose de ton mari, et je suis tout petit, toute honte: je l’avais oublié.

Et je ne puis le haïr.

La colère qui me soulève, l’humiliation qui me courbe, la mémoire qui m’est soudain revenue, avec mille sujets de m’irriter et de me tuer, tout se brise devant ta pure image qui m’apparaît—oh! sans les frissons de tout à l’heure,—devant ton image hiératique et pure, devant ta statue et ton souvenir.

Et je me penche vers mon verre, le verre qu’il m’a offert.

C’est beau, c’est vraiment beau.

Les mers s’y condensent qui me firent songer à toi et ce sont les reflets des ciels qui glissèrent sur mes extases, ce sont les opales et les émeraudes, les pierres de lune et les turquoises aussi qui roulèrent en mes espoirs et ce sont toutes les couleurs des sourires que je prêtai au destin à son propos, ce sont les aurores et crépuscules qui m’apportèrent de la patience, les brouillards et les halos dont j’enveloppai ton fantôme et ce sont toutes les mélancolies et toute la folie que tu me permis: c’est immobile et stagnant comme un marais de fatalité par un soir bleu, c’est lent et nuancé comme une nuit d’amour et c’est de la sérénité, de l’attendrissement, de l’indulgence et l’amertume ouatée, sucrée et pâle des larges cimetières.

J’ai bu un peu: je suis plus triste.

J’ai versé un peu d’eau en mon verre pour apâlir cette pâleur, pour ajouter un peu de fatalité à cette fatalité.