—Et puis je n’ai pas le temps: il se lève, il déclare: «Je dois rentrer: ma femme m’attend»; il me serre la main et il s’en va. Il te rejoint, toi, toi! Ah! parle-moi, parle-moi de n’importe quoi, de lui, pour que j’entende—en moi—ta voix, pour que je ne sois pas seul, assis sur mon bonheur comme sur la pierre d’un tombeau.
Ah! ton mari! il a eu plus de compassion que toi, il est parti, par modestie, pour ne plus m’infliger son éloge.
Mais non.
Il a coupé, traîtreusement, notre conversation de sa fuite et il a fui vers toi, vers ta caresse, vers les litanies d’adoration que tu viens d’improviser et que tu perpétues.
Ah! n’est-ce pas? tu t’arrêtes? tu arrêtes net ton affection qui se précipite et qui se cabre, tu achèves en un murmure ton oraison ardente, claire et haute.
Je ne t’entends plus. Je n’entends plus rien. Il t’entendra encore, lui: il t’entendra discuter, conter, babiller, imiter, te moquer, que sais-je?
Il aura la fanfare diverse et journalière de tes opinions, de tes manies et il aura, en des paroles, en des gestes menus, ta nature et ton humanité.
Des heures... des heures... Et les mêmes heures se dresseront pour moi, vides, rèches, sèches, obscures, qui me tortureront de ton fantôme épars, qui me jetteront ton absence dans les jambes et dans le cœur.
Dormir... dormir...