—Tu m’as parlé de nuances, tout à l’heure—pour lui.
—Ça ne fait rien. Je t’aime, je l’aime. Je l’aime—et je n’aime que toi: voilà. Tu ne crois pas?
—Ah! chérie, chérie, si je crois! je ne suis pas sûr parce que la certitude est encore du raisonnement, de la ratiocination, de la machinerie, de la marchandise à logique, mais je suis plein de toi, plein de foi et je suis irradié de ta divinité. Et je dis des bêtises.
—Dis toujours.
—Non! j’ai besoin de silence, d’un silence pour enfant, pour enfant qui a peur la nuit et qui implore, jusqu’à ce qu’il les entende, de souples ailes de fée sur son sommeil. Et l’enfant est inquiet tout de même, parce qu’il n’est pas seul, parce qu’il a peur du cortège de la fée, de l’omnipotence de la fée, de la bonté de la fée, parce qu’il s’avoue que tout cela est trop grand, trop surnaturel pour lui—et j’ai besoin du silence d’une chambre de petite fille où un grand frère de dix ans veille sur sa petite sœur et j’ai besoin du silence des évocations, du silence des magies, du silence de création et du silence de néant. Parle, toi, car tu parles bien, car tu dis des mots nécessaires, que je ne puis prévoir en leur simplicité et qui me surprennent comme le génie.
—Je ne te parlerais que de lui.
—Eh bien! veux-tu que je lui dise ce que tu dis de lui? que je lui rapporte tes louanges et tes glorifications?
—Tu ne le pourrais pas. Tu ne te rappellerais pas. Ce sont des mots qui s’évaporent comme la rosée, qui s’évanouissent comme des nymphes élégiaques, qui ne bruissent que dans le mystère et qui se perdent comme les petits vagabonds, dans les forêts de légende. Et si tu veux essayer...
—Je ne sais par où commencer et c’est un discours difficile, d’homme à homme.
—Ah! ah!