IV
LE CŒUR, LE CERVEAU ET LES YEUX
Le lit où je me suis couché est un lit que tu ne connais pas: il est situé au bout du monde, comme il convient, à l’autre bout du monde.
Un corridor y conduit, bossué, bosselé, écartelé, très long, très étroit et jaloux.
Ma chambre déborde de livres, de livres inutiles, car je n’y lis jamais: c’est une chambre d’attente et une chambre de rêves.
C’est une chambre d’alchimiste où j’ai forgé des avenirs, où j’ai pétri des ambitions, où j’ai façonné l’univers à mon caprice, à ma convoitise, à ma fantaisie et à ma raison.
Mais voici longtemps que, en un envoûtement passionné et en un agenouillement sans fin, je n’y ai plus songé qu’à toi, où je n’ai pétri—d’une main si tremblante et si malhabile—que l’avenir où tu souriais, où je n’ai forgé que l’ambition où tu te dressais, où je n’ai façonné l’univers qu’à ton caprice, à ton caprice où tu m’admettais.
Ton image, comme un clown d’au delà, a dansé, a sauté ici à travers toutes les auréoles—et cette chambre est restée—de toi—boiteuse, borgne, folle.