Et me voici à ma petite chambre, à notre chambre: j’ouvre la porte d’un coup sec, d’un coup brusque.
Je ne veux pas que la chambre continue à dormir, je veux qu’elle s’éveille en sursaut, qu’elle me saute à la gorge, qu’elle crie et chante vers moi, qu’elle soit tyrannique, agressive et câline, qu’elle m’étouffe de tendresse, de grâce, d’amour, que tous ses souvenirs, que la masse de son émoi m’écrasent, me piquent, me crucifient, de leur âpre et chaude volupté.
Mais la chambre est suppliante: elle a mal dormi, sans nous.
Et elle ne se rappelle rien que notre histoire, l’histoire que je lui ai tissée hier des cheveux fins de ma chérie et de tous les fils de la Vierge qui traînèrent en nos après-midis et en nos crépuscules.
J’ai tant de temps à tuer et à tuer sans méchanceté jusqu’au moment où elle viendra, où elle sautera de mon cœur dans ma vie.
Je suis très las, vieux désespérément.
Je m’étends sur le lit et je songe.
Je songe pour la chambre et pour moi.
Et voici les pâles et fiévreuses évocations qui, lentement, une à une, des antipodes et d’à côté arrivent et me reprennent. Car tu partis seule pour l’Italie, seule avec ton mari.
Et je dus quitter la sainte caverne bleue qui s’était dressée pour nous sur la mer. Petit Poucet mélancolique, je m’éloignai plus vite et le cœur plus gros que le Petit Poucet: pour retrouver mon chemin vers la tacite caverne bleue, je semais ton souvenir sur le chemin, je semais et ton souvenir grandissait au fur et à mesure, de temps en temps j’arrêtais ma fuite, je descendais en une ville pour être, en ma fuite, plus près de toi.