—C’est le désir qui me dictait mes phrases. Laisse ça.

—Mais, chérie...

—Ou laisse-moi. Ne sois pas hypocrite. N’aie pas à la fois le plaisir, tout court, et le plaisir de te faire de la peine et de m’en faire. Je suis toujours la femme ancienne, la femme de tes rêveries, de tes psychologies, de tes poésies. Mais je suis gaie aujourd’hui: je veux rester gaie et je veux que nos lyrismes soient des lyrismes en action. Et toi aussi, petit Tartuffe du sentiment!

—Eh! oui, chérie.

—Ne dis pas ça comme ça. C’est à ton corps défendant que...

—Tu vas faire un calembour de fille.

—Tu es dur aujourd’hui pour les filles. Tu m’as écrit des lettres où tu les plaignais et tu rêvais à moi au milieu d’elles. C’était très bien. Qu’as-tu donc?

—J’ai que tu es trop gaie. En ces deux jours où je t’ai espérée et où j’ai désespéré de toi, toute mon existence est revenue et tous mes malheurs m’ont repris, de frais, m’ont secoué, m’ont courbé, m’ont empli, m’ont enduit de leur glu méchante.

—Tu n’es tout entier qu’une plainte. Il te reste les yeux pour pleurer. Tu permets que je les embrasse?

—Tout de même. Fais vite.