Nos larmes jumelles se brisent l’une contre l’autre, se joignent, se mêlent et nous nous serrons plus fort, nous pleurons plus fort, de tout notre cœur, de notre semaine vide, de tout nous. Chérie, chérie, ces galeries, ces salles fermées, tout est plein de douleurs d’amour, de rencontres aussi et de pleurs, de pleurs doux-amers, comme disait notre Pléïade.
Toutes les légendes, toutes les amantes sont là, à peine raidies par les siècles et nous ne faisons, nous ne ferons rien de nouveau: les gens là-dedans ont aimé et sont morts avant nous.
Mais en cette solitude sur quoi tombe la nuit, tu ne nous sens pas assez seuls: il y a trop de lyrisme, trop de résignation, trop de fatalité derrière nous, tu m’entraînes en notre secret, tu me tires en notre histoire qu’il faut continuer:
C’est un fiacre où tu as encore à pleurer, pour les rires que, malgré toi, tu m’as infligés.
Tu t’es mise à pleurer et à attendre la suite de mes pleurs tout de suite, en un coin, mais le cocher me rappelle: «Où faut-il vous conduire?»
C’est vrai: il faut nous conduire quelque part. Tu m’as fait te chercher très loin, chercher très loin tes larmes.
Il faut aller ailleurs, suivre ailleurs tes larmes: les voitures ont des roues et ne peuvent vous laisser aimer en place: l’amour est vagabond chez elles.
Je m’inquiète, je ne trouve pas, je dis au cocher: «A Notre-Dame!» Nous avons eu des dieux derrière nous ici, sans les voir; allons voir d’autres dieux, un autre dieu.
Et tu t’affoles tout à fait: «Regarde, regarde: je suis suivie, nous sommes suivis!»
Et tu trembles, sous mes baisers. Tu regardes par le petit carreau voilé: tu interroges les lourdes lanternes anonymes, qui, de leur rectangle rouge ou blanc, coupent la nuit.