Il est dit que nous n’aurons les dieux qu’en bordure, que nous ne les atteindrons pas: d’ailleurs avons-nous besoin d’aller chez eux? Ne les avons-nous pas sur nous, autour de nous, en nous, en cette voiture basse et cahotante, tous les dieux, les tiens, les miens, ceux qui s’occupèrent d’amour, les dieux de courage, de ferveur et d’héroïsme, les dieux de souffrance, les dieux de jeunesse et de larmes?

Je me sens si pur de cet afflux de divinité que je te propose, si tu as peur, de ne plus t’aimer que d’âme, en cul-de-jatte platonicien.

Mais, émue de ma candeur et de ma bonne foi, tu m’embrasses, pour me remercier, d’un tel baiser, d’un baiser si passionné, si fécond, si tyrannique que je te le rends, ton baiser, de mon humanité, de ma bestialité, de ma chasteté ancienne, et que nous scellons de ce baiser des noces nouvelles, païennes, totales, fauves et que la volupté promise, la volupté proche, l’âcre et délicieuse volupté de demain déborde cette voiture, déborde notre tristesse, déborde nos regrets, nos ennemis, notre malheur, notre désir.

—Viens, viens tout de suite!

—Où?

—Chez nous.

—Il est trop tard et tu n’y penses pas.

—Si j’y pense!

—Et j’ai trop peur!