—Tu n’as pas peur: le bon brouillard qui nous a fait blancs, qui nous a rajeunis et poudrés et notre baiser, chérie, notre baiser énorme et fin, qui a claqué, qui a rugi et qui a murmuré, comme un torrent qui va grossir et comme une source aussi, source de nouveaux baisers, source d’amour et de tous les amours, notre baiser-trompette et notre baiser-harpe, notre baiser d’appel, notre baiser de fouille, notre baiser de reconnaissance, de prise de possession, de communion, de grâce, de force, de tendresse et de fureur, ah! tâche à y échapper, chérie! enfuis-toi de ce baiser, un peu, pour voir! Tu es sa prisonnière, son esclave!
—Et toi?
—Moi aussi.
—Et les lettres anonymes?
—Aussi! Et l’univers aussi.
—Alors, pour le garder à nos lèvres, nous ne nous embrasserons plus? Nous ne pourrons plus nous embrasser aussi bien? Et ce baiser-gigogne sera-t-il stérile?
—Embrassons-nous, embrassons-nous, chérie.
—Tant que ça?
—Plus.
—Je vais te quitter.