—Parce que nous nous embrassons?
—Non; parce que j’ai à rentrer. Et puis, nous nous sommes retrouvés, nous nous retrouverons.
—Chez nous?
—Oui.
—Tu m’as dit: oui d’une voix qui se reprenait à avoir peur et pour n’avoir pas plus peur, pour avoir peur toute seule, tu es descendue, rapidement.
Et j’ai gardé mon fiacre désaffecté et je l’ai gardé longtemps parce qu’il restait sur la buée de la vitre une ligne nerveuse et claire que tu avais tracée et déchirée dans la nuit de ton doigt pour voir de la lumière, pour retrouver ta route, la route de ta fuite. Les lumières que tu avais requises par cette trouée se glissaient jusqu’à moi, me frappaient, m’appelaient. Je ne les voyais pas. J’évoquais ta main, ton doigt que tu avais retiré d’une caresse pour plonger dans la vie, la vie qui n’est pas à moi et je considérais, pâle, terrible, tout ce qui me restait de toi, cette égratignure de la vitre embuée.
Et c’est peut-être tout ce qui me restera de toi, un soir, pour mes autres soirs, une ligne de lumière sur un champ de larmes!
Et j’ai tort d’être triste: je t’ai.
Je t’ai eue là, dans cette voiture et je t’ai dans cette chambre où tu te risques, de plain-pied, de ton pied qui se déchausse.
La porte grise de ma chambre se dérobe, en un mur gris; elle est difficile à voir et à toucher, c’est comme une caverne qui s’enfonce au flanc d’une vieille maison, en face d’une loge où mes concierges achèvent de vivre, sans plus se hâter qu’ils ne se sont hâtés dans la vie, si vieux, si polis, si résignés!