Elle posa la main sur son épaule et écouta bouillonner son sang à lui, son sang noir. Elle s'étonnait d'avoir subi son choc: ses baisers lui revenaient en morsures de furie: il avait pourtant été si tendre, il avait caressé et pleuré! le voilà maintenant qui griffait à même la société! Il lui sembla qu'il retirait son étreinte, qu'il lui arrachait ses bras, qu'il voulait se reprendre tout entier pour être plus fort, plus brutal contre les gens, la troupe, les préjugés et les scrupules. Elle avait l'impression d'être dépouillée vive. Elle ne sourit qu'en l'entendant dire:
—Je te donnerai tout ça, tout.
—Nous nous associons alors?
Il grimaça:
—Écoute-moi bien. Je ne suis rien, non pas ce qu'on appelle rien, mais encore moins, ce qui n'a pas de nom, ce qu'on n'appelle pas. Je n'ai pas de nom.
—Moi non plus.
—Bon! Je ne suis pas anarchiste. Je suis pauvre; je ne veux rien, mais il me faut tout, parce que je n'ai rien. Je ne regarde pas, je ne veux pas savoir. Ça m'est égal qu'on taille les pierres et les diamants, parce que je les aurai bruts, plus gros. Je marche devant moi. Un jour je tomberai dans un trou ou dans le ciel, et comme il faudra que je me démène, je me démènerai: j'attends. Toi, c'est autre chose, c'est la même chose. Je ne t'attendais pas. Tu m'es venue. C'est donc toi que j'attendais, car il faut une femme à un homme.
—Tu es fou! articula-t-elle. Tu dis des bêtises.
—Tu mens! tu mens. Je ne suis pas fou! je ne dis pas de bêtises. Tu veux être une fille. Tu vas prétendre que c'est moi qui suis cause, parce que j'ai bien voulu de toi. On appelle ça lancer une femme, oui? Eh bien! je ne veux pas. J'ai bien voulu de toi. Je te veux maintenant, toujours.
Il allait: