—Oui, je sais. Tu as vu des restaurants où l'on mange la nuit, comme si on avait besoin quand on a mangé le jour, et où l'on boit, comme si c'était permis! Tu as vu des épaules qui se montrent quand elles pourraient être au chaud et qui se figent sous des colliers, des perles et du vert ou du rouge coupé en petits morceaux!...

—Une fille, oui, dit-elle, oui, oui!

Elle se révoltait contre son éloquence. Elle se dressait, subitement volontaire, tyrannique en sa résignation, imposant son abaissement. Elle se précipita, le toucha aux épaules, le courba, impudique, magnifique et simple. Ce fut autour des yeux du jeune homme, fermés d'autorité, comme une source chaude de baisers, comme des caresses en cataracte, jaillissantes, enveloppantes, sautelantes, gouttes d'azur et de feu tout ensemble, comme une souple armature de piques, de chatouilles, de caresses aiguës et de ces fouilles aimantes qui prennent l'âme et qui la goûtent avidement; ce fut une chaîne infinie et voluptueusement brisée d'emprises, de marques de possession, des drapeaux de joie fichés à vif dans la chair, la passion conquérante, aguichante, puissante, menue, ne laissant rien: tout l'océan de la tendresse humaine se rua. Et le jeune homme n'était que proie. Il tâcha à se débattre.

—Ah! tu sais bien, dit-il, tu sais trop.

—Quoi?

Elle continuait. Elle le ployait maintenant, l'attirait à soi, entre ses seins. Elle ne dit qu'un mot:

—Pleure!

Il ne pleura pas. Elle répéta:

—Pleure encore, un tout petit peu, pour moi.

—Non: tu sais trop.