Elle ne bondit pas. Elle était heureuse de l'outrage. Elle se reprochait son émotion. Et elle parla très simplement.
—C'est bien. Mais si vous vous obstinez, il faut que vous soyez à moi complètement, que vous ne sortiez pas d'ici et que vous m'apparteniez. A quel titre? Vous ne savez rien: vous ne pouvez pas servir de secrétaire. Je vous offre une place d'aide à l'argenterie.
Elle avait prononcé ces paroles d'une voix blanche. Elle se dégradait avec lui, devant ce Gaël qui était son maître et son juge. Elle acceptait l'ignominie des assauts serviles, l'éclaboussure des eaux grasses, tout de suite. Et elle portait la main à une âme d'homme, la souillait, la brisait.
—Larbin? moi?
Le jeune homme éclatait de rire.
Gaël s'était penché vers la jeune fille.
—Prenez garde, disait-il. J'ai regardé cet homme. Il n'est pas de la race des valets. Les valets ont des figures spéciales: c'est une race, je vous le répète, comme les jockeys. De dos, déjà, on voit qu'ils n'ont pas de moustache. On s'aperçoit à leur marche qu'ils ont les genoux usés. Ne contrariez pas la destinée de cet homme. N'avez-vous pas peur de blesser votre destin à vous? Vous êtes faite pour régner, il est fait pour ne pas servir. S'il sert, vous ne régnerez pas.
—Larbin? moi? répétait l'éclat de rire.
—Regardez-le, continua Gaël, écoutez-le: il est fier. Vous me faites mal. Vous voulez un amant chez vous, en bas? Vous me faites penser à Marie-Louise de Parme.